16 orotones : épreuves gélatino-argentiques sur verre 18 x 24 cm, dorure liquide, caisses américaines, 2017
J'ai photographié ces figures de cire anciennes dans la réserve du Musée de la civilisation à Québec. Il s‘agissait de prises de vue « à main levée » faites pour un
article de recherche sur les tableaux vivants et les musées de cire. L’article n’a pas vu le jour, mais ces images, tout comme ces personnages de cire, demandaient, à mon sens, une seconde vie.
Ces portraits me touchent car ils renvoient à l’universalité de la sensibilité et de la souffrance humaines, et m’évoquent les drames humains comme il en existe depuis des temps immémoriaux
jusqu’aujourd’hui.
L’immense savoir-faire du sculpteur, qui réalisa également les premières figures de cire du Musée Grévin à la fin du XIXe siècle, confère à ces statues un aspect hyperréaliste troublant. Le
réalisme photographique amplifie encore l’ambiguïté entre vivant et inanimé, faisant de ces figures des sortes de tableaux vivants inversés, où une forme d’humanité, qu’elle soit plastique ou
émotionnelle, se dégage de l’artificiel. Le procédé de l’orotone fait ressortir le caractère précieux et antique de ces figures.
Bien que, et peut-être même parce que l’on sait que ce ne sont « que » des statues, on ne peut éviter la sensation d’inquiétante étrangeté qui nous saisit.
Cette série nous interroge sur ce qu’on regarde, c’est-à-dire à la fois sur ce qu’on croit voir, ce qu’on ressent et ce qu’on sait de la photographie.